Fraternité, métissage et diversité
“ Vive la Franc
e, pas celle que Le Pen veut, mais la vraie ”.
Cette réplique de Lilian Thuram à la dernière provocation raciste du chef de l’extrême droite, combien de fois l’avons-nous entendue, déclinée de diverses manières, en ces dernières chaudes nuits de victoires françaises au Mondial de football ! “ Vive la France ! ”, “ Allez les Bleus ”, criés par des jeunes explosant de joie dans les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis ou des quartiers nord de Marseille. Des jeunes qui ressemblent tant à leurs héros, aux Zidane, Vieira, Ribery, Henry et tous les autres, à la France d’aujourd’hui, loin des fantasmes dangereusement entretenus par les faiseurs de peur de tout bord.
En 1998, le triomphe des Bleus semblait avoir provoqué enfin une large reconnaissance de la richesse qu’apportent la diversité et le métissage de notre société, résumée alors par l’expression imagée : black, blanc, beur. Cette prise de conscience fut éphémère, vite battue en brèche par des politiques de discrimination et de stigmatisation de l’immigration, scandaleusement associée à l’insécurité et à la délinquance. Ces jeunes qui vibrent pour l’équipe de France et agitent le drapeau tricolore sont les mêmes que ceux qui se sont sentis insultés lorsque Sarkozy évoqua les “ racailles ” et promit le nettoyage au Karcher, ceux qui subissent des contrôles au faciès. Ces jeunes donnent aujourd’hui une leçon magistrale à un ministre de l’Intérieur postulant à la plus haute charge de l’État, qui a repris à son compte le slogan du FN, “ La France, aimez-la ou quittez-la ”.
À la vérité, le chef de l’UMP s’est-il vraiment demandé s’ils aimaient la France, ces écoliers et collégiens dont les parents sont privés de papiers et qui sont menacés d’expulsion en cette fin d’année scolaire ? Un saisissant contraste oppose le climat de fraternité joyeuse qui semble gagner des millions de Français en ces jours de coupe du monde et la politique d’un gouvernement qui a oublié ce qu’humanité veut dire. Après la loi CESEDA, qui fait de l’immigré une ressource pour le patronat, que l’on choisit selon les besoins de celui-ci, à qui l’on tente d’empêcher le mariage en France et dont l’expulsion vers le pays d’origine est facilitée, la traque des enfants de sans-papiers constitue une nouvelle honte pour la France.
Mais Sarkozy a nettement sous-estimé la colère qu’allait provoquer sa décision. Ces enfants ont été placés sous protection citoyenne dans chaque école, dans chaque quartier. Avec le Réseau éducation sans frontières, des milliers de citoyens, élus de gauche, syndicalistes, enseignants parrainent des enfants, s’engagent à les soutenir, à les accompagner et le cas échéant à les cacher, au risque de s’exposer eux-mêmes à des poursuites judiciaires. Devant un acte de résistance civique d’une telle ampleur, soulignée par les dizaines de milliers de manifestants qui ont défilé samedi à Paris et dans d’autres villes, le gouvernement se voit contraint de manœuvrer en recul, laissant espérer des régularisations aux familles qui en feront la demande, selon des critères toutefois fort imprécis. Au-delà de la date butoir du 13 août, la chasse aux enfants peut s’ouvrir et si la vigilance populaire se relâche les milliers de familles qui ont attendu de longues heures devant les préfectures risqueraient de s’être précipitées dans la gueule du loup.
Tout cela ne serait pas très sportif et les Français, rassemblés derrière une équipe incarnant la fraternité et la diversité, ne sauraient laisser des gendarmes se saisir des enfants d’immigrés.